Dehors le vent souffle une brise qui me rappelle étrangement celle d'hier. Le temps tourne, les roues tournent mais pourtant, rien ne change. Pendant que je me penche sur mon écran, la frayeur d'avoir perdu mon esprit me rattrape soudainement. Tel une pulsion je me lève d'un bon, ce n'est pas le moment de péter un plomb Stan. Malgré cette pensée étrange de perdre la tête je me rattache au présent et tente dans mes derniers retranchements d'écrire cet article. Le passé me rattrape, mes phobies, et tout ce qui se rattache à ma vie est en train de s'envoler. J'ai longtemps cru que le moral n'était que la membrane d'un être, se régénérant sans cesse. J'avais tord.
J'ai souvent eût tord, mais pourtant là j'ai l'impression de perdre pied. Que tout ce qui me lie au présent n'est que chimérique, que je ne vis pas vraiment le moment, que je suis ailleurs. Cet aspect narcissique me rend dingue, je ne me sens plus vraiment à mon aise. La confiance que m'avait procurée ma dernière relation s'estompe au fil des jours et j'ai l'impression de retomber dans les prémices du néant total. Pourtant je reste éveillé, toujours présent pour certaines tâches. Manger, boire, dormir. Si la vie ne se résumait qu'à ces trois mots, beaucoup de personnes auraient le canon d'un fusil entre les dents. Peut être qu'au final il ne suffit que de faire que ce qui nous plait, d'oublier les problèmes, chassez le naturel et il reviendra au galop. Mais ce putain de boomerang que j'ai nommé « sac de merdes » te revient toujours dans la gueule au moment où tu t'y attends le moins.
Je reste lucide, mais ça n'est pas pragmatique, je ne sais pas vraiment ce que je veux mais je sais ce que je ne peux pas avoir. L'équation est simple, il suffit de la résoudre. Il ne suffit pas d'être intelligent pour comprendre les racines de la vie, l'intelligence n'est qu'une aptitude bonus, à quoi bon avoir des clés si les serrures n'existent même pas. Pourquoi aller chercher des problèmes là où il n'y en a pas? Pourquoi faire-ça? A quoi ça sert? Que de rhétorique n'aboutissant qu'à un langage de sourd, ne pas tomber dans l'excessif, dans la grossièreté du nihilisme.
Pendant que le coca traverse ma bouche et que les gorgées s'enchaînent, je continue de repenser à mon moral. Je vais très bien mais pourtant quelque chose ne va pas, un paradoxe très vite problématique quand on sait à quel point je peux perdre mes moyens. Ce soir en revenant du cinéma, je marchais tranquillement sur une route bétonneuse à moitié rongée par le temps, mes yeux, rivé sur les étoiles, n'avaient pas les capacités pour me faire voir au delà de l'univers. Cette impossibilité de saisir l'origine de l'existence humaine ou, si la vie existe ailleurs, me rendaient dingue. Toutes ces questions inutiles m'envahissaient l'esprit. Je ne sais pas d'où vient le problème mais j'ai l'impression de passer du mauvais côté de la barrière, de m'égarer dans un champ rempli d'embuches et qu'à chaque pas je pris le bon Dieu pour ne pas marcher sur une mine. Tel est la vie, ça ne tient qu'à un fil, et il est tendu.
Complot ou pas? Sachez que le nihilisme à frapper à nos portes, qu'il nous entoure et nous guète, tombons entre ses mains et notre vie deviendra un enfer. Courageux, talentueux, imaginatif, tel sont les termes qui doivent nous guider vers le futur; il est sûr que la vie est compliquée, mais si la simplicité était de mise, notre cerveau ne serait qu'un bol de neurones périmées. Ne jamais faire durer les problèmes, les régler, ne jamais embarquer dans son radeau de fortune ses amis ou sa famille. Couler avec son narcissisme, sa nervosité, ses complexes et toutes ces saloperies qui nous pourrissent la vie.
La brise souffle toujours dehors, je ferme la porte et m'allonge, humectant la menteuse, je regarde le plafond en souriant : ah ouais quand même Stan! Y'a pas de doute t'es vraiment cinglé.